Le rôle de l’innovation dans des soins de santé inclusifs
Les soins de santé évoluent sans cesse. Les nouvelles technologies, les outils numériques et les aides techniques transforment la manière dont les soins sont dispensés et la façon dont les gens gèrent leur santé et leur vie quotidienne.
Mais l’innovation en santé n’est pas automatiquement inclusive.
Pour les personnes en situation de handicap, la vraie valeur d’une innovation se mesure à sa capacité à lever des obstacles, à soutenir l’autonomie et à rendre la participation possible. Des services de santé numériques accessibles aux aides techniques avancées, l’innovation peut contribuer à des soins qui fonctionnent pour un plus grand nombre de personnes.
Que signifient des soins de santé inclusifs ?
Des soins inclusifs, ce sont des soins auxquels chacun peut accéder et dont chacun peut bénéficier, quelles que soient ses capacités ou sa situation.
Pour les personnes en situation de handicap, cela va bien au-delà de l’accès physique à un bâtiment de soins. La communication, l’accessibilité numérique, l’équipement, l’information, les procédures et la manière dont les services sont fournis peuvent tous créer des obstacles.
L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) estime qu’environ 1,3 milliard de personnes dans le monde vivent avec un handicap important. Dans le même temps, les personnes en situation de handicap continuent de subir des inégalités de santé, notamment des obstacles pour accéder à des soins adaptés.
Des soins inclusifs supposent donc de poser une question plus large :
Cette innovation fonctionne-t-elle pour toutes les personnes qui en ont besoin ?
L’innovation peut lever des obstacles à l’autonomie
L’un des exemples les plus clairs est celui des aides techniques.
Les fauteuils roulants, les aides à la communication, les prothèses, les appareils auditifs et d’autres aides techniques peuvent aider les personnes à maintenir ou à améliorer leur fonctionnement et leur autonomie. Selon l’OMS, les aides techniques peuvent soutenir la participation à l’éducation, à l’emploi et à la vie sociale.
Pour une personne ayant un handicap physique important, la bonne technologie peut changer ce qui est possible au quotidien. Un fauteuil roulant électrique, par exemple, peut offrir une mobilité autonome. Mais l’innovation ne s’arrête pas au fauteuil lui-même. La façon dont la personne commande ce fauteuil peut aussi déterminer à quel point elle peut l’utiliser de manière autonome.
Si un joystick classique ne convient pas en raison d’une fonction limitée des bras ou des mains, des commandes alternatives peuvent ouvrir une autre voie vers la mobilité autonome.
Cela illustre un principe important :
L’innovation inclusive adapte la technologie aux personnes, au lieu d’attendre des personnes qu’elles s’adaptent à la technologie.
L’accessibilité doit faire partie de l’innovation dès le départ
L’accessibilité est parfois traitée comme une fonctionnalité supplémentaire que l’on peut ajouter plus tard. Pour des soins inclusifs, elle doit être prise en compte dès le début. Cela vaut aussi bien pour l’innovation physique que numérique.
Une nouvelle plateforme de santé peut être techniquement avancée, mais si une personne ayant une déficience visuelle, motrice, cognitive ou de communication ne peut pas l’utiliser, l’innovation a créé un obstacle de plus au lieu d’en lever un.
Il en va de même pour les dispositifs médicaux et les aides techniques. Un produit peut fonctionner remarquablement bien dans un cadre contrôlé et rester pourtant inadapté s’il ne peut pas être ajusté aux besoins individuels de ses utilisateurs.
L’OMS et l’Union internationale des télécommunications ont souligné l’importance de l’accessibilité dans la santé numérique, y compris la télésanté. Leurs travaux visent à garantir que la transformation numérique des soins ne laisse pas les personnes en situation de handicap de côté.
La personnalisation prend de plus en plus d’importance
Les personnes ne sont pas standardisées. Deux personnes avec le même diagnostic peuvent avoir des capacités, des objectifs et des façons d’interagir avec la technologie très différents.
C’est particulièrement visible pour les aides techniques. Prenons deux personnes qui ne peuvent pas utiliser un joystick classique de fauteuil roulant. L’une a des mouvements de tête fiables, l’autre des mouvements utiles au niveau des pieds. Leurs besoins peuvent donc exiger des stratégies de commande complètement différentes.
L’innovation peut rendre ce niveau de personnalisation possible. Les capteurs, les interfaces configurables et les systèmes adaptables permettent à la technologie de mieux répondre à chaque utilisateur.
Mais personnaliser ne consiste pas simplement à ajouter des fonctionnalités. La technologie doit rester intuitive, confortable et pratique au quotidien.
La co-conception peut mener à de meilleures solutions
L’une des évolutions les plus importantes de l’innovation inclusive est le passage d’une conception pour les personnes à une conception avec les personnes.
Les personnes en situation de handicap connaissent de première main les obstacles qu’elles rencontrent. Leur contribution peut donc être précieuse lors du développement de nouvelles technologies et de nouveaux services de santé.
Les travaux récents de la Région européenne de l’OMS sur une santé inclusive pour les personnes handicapées mettent en avant la coproduction avec les personnes en situation de handicap et les organisations qui les représentent comme un élément important d’un progrès durable.
Ce principe peut s’appliquer à tout le processus d’innovation :
- Identifier un problème réel.
- Comprendre comment les personnes vivent ce problème.
- Impliquer les utilisateurs dans l’élaboration de solutions possibles.
- Tester la solution dans des environnements réalistes.
- Tirer des enseignements des retours.
- Adapter la technologie en conséquence.
Cette approche peut révéler des obstacles pratiques qui ne sont pas évidents d’un point de vue purement technique.
L’innovation doit résoudre de vrais problèmes
Les nouvelles technologies peuvent être enthousiasmantes. Mais l’innovation pour l’innovation n’améliore pas forcément les soins. Un bon point de départ est le problème lui-même :
- Qu’est-ce qui empêche une personne de participer ?
- Qu’est-ce qui rend une tâche difficile ?
- Où le système de soins actuel est-il insuffisant ?
- Et qu’est-ce qui ferait une réelle différence pour la personne qui l’utilise ?
Ces questions déplacent l’attention de ce que la technologie peut faire vers ce dont les personnes ont besoin.
L’approche de l’OMS en matière d’aides techniques reflète cette perspective centrée sur la personne : elle considère non seulement les produits, mais aussi les politiques, la fourniture et un personnel formé comme des éléments d’un système d’aides techniques efficace.
L’innovation numérique : des opportunités et de nouveaux défis
La santé numérique est un autre grand domaine d’innovation. La télésanté, la surveillance numérique, l’intelligence artificielle et d’autres technologies peuvent améliorer l’accès aux soins et soutenir des services plus personnalisés.
Dans le même temps, l’innovation numérique peut créer de nouvelles formes d’exclusion.
Une revue de l’OMS/Europe publiée en 2026 a constaté que les personnes ayant des besoins de santé plus importants et celles confrontées à des barrières linguistiques peuvent encore avoir du mal à accéder aux services de santé numériques. Elle a aussi relevé des lacunes dans la prise en compte de l’équité dans la réglementation, la mise en œuvre et l’évaluation de la santé numérique.
C’est un rappel important :
Une solution numérique n’est pas automatiquement une solution accessible.
L’accessibilité, la facilité d’utilisation, la confidentialité, le coût et l’adaptabilité doivent tous être pris en compte.
De la technologie à la participation
Le but ultime de soins inclusifs n’est pas seulement de donner accès à un appareil ou à un service. Il s’agit de soutenir ce que la personne veut faire de sa vie.
Pour les aides techniques, cela peut signifier :
- se déplacer de façon autonome
- communiquer avec les autres
- aller à l’école ou au travail
- participer à des activités sociales
- accomplir les tâches du quotidien
- accéder aux soins de manière autonome
C’est pourquoi l’impact d’une innovation ne devrait pas se mesurer uniquement à ses performances techniques. Une question plus pertinente est :
Quelle différence cette technologie fait-elle dans la vie quotidienne de la personne ?
L’innovation doit aussi être accessible en pratique
Même une technologie efficace ne peut pas améliorer l’inclusion si les personnes n’y ont pas accès.
L’OMS identifie plusieurs obstacles aux aides techniques, dont le coût, le manque d’information, des connaissances professionnelles insuffisantes et des démarches complexes pour obtenir le bon produit.
L’innovation doit donc être envisagée comme une partie d’un système plus large. Une solution réussie demande plus qu’un bon produit. Les personnes ont aussi besoin :
- d’accéder à une évaluation adaptée
- de professionnels qui comprennent la technologie
- de formation et d’accompagnement
- d’entretien si nécessaire
- d’un financement et d’une fourniture adaptés
- d’informations sur les options disponibles
Autrement dit, innovation et accès doivent progresser ensemble.
À quoi pourrait ressembler l’avenir des soins inclusifs ?
L’avenir des soins inclusifs passera probablement par des technologies de plus en plus personnalisées, des outils numériques plus intelligents et une collaboration plus étroite entre professionnels de santé, concepteurs de technologies et utilisateurs.
L’intelligence artificielle et d’autres technologies émergentes peuvent créer de nouvelles possibilités, mais elles doivent être développées en tenant compte de l’accessibilité et de l’équité. L’OMS a explicitement souligné à la fois le potentiel et les risques des technologies émergentes, notamment les biais et les inégalités d’accès.
L’objectif ne devrait donc pas être simplement de développer des technologies plus avancées, mais des technologies plus utiles :
- Des technologies qui comprennent les différentes capacités.
- Des technologies qui s’adaptent aux besoins individuels.
- Des technologies qui lèvent des obstacles au lieu d’en créer de nouveaux.
- Et des technologies qui donnent aux personnes plus de contrôle sur leur propre vie.
Innover avec les personnes, pas seulement pour elles
Des soins inclusifs exigent de changer notre manière de penser l’innovation. L’innovation la plus significative n’est pas forcément la plus complexe. Parfois, c’est un changement relativement simple qui lève un obstacle majeur pour une personne.
Pour les personnes en situation de handicap, les aides techniques peuvent jouer un rôle important en faveur de l’autonomie et de la participation. Dans le domaine de la mobilité électrique, cela concerne non seulement le fauteuil roulant lui-même, mais aussi la manière dont les personnes interagissent avec leur aide à la mobilité et la commandent.
Chez CoMoveIT, ce principe se reflète dans le développement de commandes alternatives de fauteuil roulant pour les personnes atteintes de troubles moteurs complexes. CoMoveIT Flex offre une commande à la tête avec commande au pied en option, et CoMoveIT Drive une commande à la tête uniquement.
Ces technologies sont un exemple d’un mouvement plus large vers des aides techniques plus personnalisées : des solutions qui tiennent compte des capacités de chaque personne plutôt que de supposer qu’une seule méthode de commande conviendra à tous.
Au fond, des soins inclusifs ne consistent pas à faire utiliser la même technologie à tout le monde. Il s’agit de faire en sorte que la technologie fonctionne pour plus de personnes. Et c’est là que l’innovation peut vraiment faire la différence.
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